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jeudi 24 novembre 2016

téléphone

elle fulmine, j'ai un seul fils et il n'a même pas le temps de me parler, il fait toujours autre chose en même temps, tantôt il est en voiture, tantôt dans la rue ou au supermarché, je devine le bruit autour mais lui, non, il doit tout me répéter, tiens, j'aimerais autant qu'il m'appelle pas, ou alors moins souvent mais dix vraies bonnes minutes, rien que pour moi, non, mais je vous jure, quelle époque

dimanche 20 novembre 2016

La ronde (16) : sur l'incipit "Il était cinq heures du soir"


 La ronde est un échange périodique de blog à blog sous forme de boucle. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième et ainsi de suite. Cette fois chaque texte commence par "Il était cinq heures du soir."


J'ai le plaisir aujourd'hui d'accueillir  Noël Bernard qui nous offre un "pantoum " forme empruntée à la culture malaise et fortement modifiée en France depuis Victor Hugo : les règles fixées par Théodore de Banville sont respectées dans ce texte. De mon côté, je suis accueillie par Céline.
 
l'oiseau

il était cinq heures du soir
dans la cour danse la fillette
sur son aile brodée en noir
au ciel vire l'étrange mouette

dans la rue danse la fillette
à cloche pied dans le soleil
au ciel vire l'étrange mouette
et passe un nuage vermeil

à cloche pied dans le soleil
elle aime les regards tranquilles
et passe un nuage vermeil
nimbé de rayons immobiles

elle aime les regards tranquilles
des hommes qui vont affairés
nimbé de rayons immobiles
l'oiseau tourne en cercles serrés

des hommes qui vont affairés
la fillette heureuse qui chante
l'oiseau tourne en cercles serrés
il siffle d'une voix méchante

la fillette heureuse qui chante
respirant les parfums d'été
il siffle d'une voix méchante
laissant le ciel épouvanté

respirant les parfums d'été
tout à coup s'interrompt son rêve
laissant le ciel épouvanté
l'oiseau jette une trille brève

tout à coup s'interrompt son rêve
l'enfant lève un œil interdit
l'oiseau jette une trille brève
quelque chose tombe et grandit

l'enfant lève un œil interdit
sa lèvre a cessé sa comptine
quelque chose tombe et grandit
tout d'un blanc cinglant s'illumine

sa lèvre a cessé sa comptine
la feuille tourne et vole au vent
tout d'un blanc cinglant s'illumine
fulgurance d'un feu mouvant

la feuille tourne et vole au vent
dans la cour où tout est silence
fulgurance d'un feu mouvant
l'oiseau vers l'horizon s'élance

dans la cour où tout est silence
un petit tas de charbon noir
l'oiseau vers l'horizon s'élance
il était cinq heures du soir


      La ronde tourne dans ce sens :





chez Élise 

chez Céline 
Guy 


DH Dominique Hasselmann

DA Dominique Autrou

Franck etc.


dimanche 13 novembre 2016

les regarder, songer

et si c'était comme pour les plantes vertes ? se réjouir de leur présence mais ne pas trop s'en occuper. Penser à les oublier. Oui, cesser l'acharnement pédagogique

dimanche 6 novembre 2016

"C'est drôle, hein, vraiment drôle de ne pas se souvenir ni où ni quand on a rencontré son mari ou sa femme"

un soir Ping-Pong, sur France Culture, Raoul Collectif & Emmanuel Adely - Théâtre interrogatif et Expérience littéraire, annonce l'émission, et cette expression qui revient à plusieurs reprises, Emmanuel Adely ? les voix se chevauchent parfois, une "alzheimerisation de la société", chacun deviendrait amnésique, vous vous promettez d'y revenir, vous oubliez, vous n'oubliez pas, en écho, ce passage de Fahrenheit 451, oublier le jour où l'on s'est rencontrés, comment dieu est-ce possible,

 Fahrenheit 451  de Ray Bradbury  (1953)
traduit de l'Américain par Henri Robillot 

  (...) Je suis antisociable, paraît-il. Je ne me mêle pas aux autres. C'est si bizarre. Je suis pourtant très sociable au contraire. Tout dépend du sens qu`on donne à ce mot-là, n'est-ce pas ? Être sociable, pour moi, c'est vous parler comme je le fais, par exemple - elle fit rouler quelques noisettes tombées de l'arbre sur le carrelage devant la maison -, ou de parler de l'étrangeté du monde où nous vivons. C'est agréable de se trouver avec d'autres personnes. Mais je ne vois pas ce qu'il y a de social à fourrer un tas de gens ensemble pour les empêcher de parler. Ce n'est pas votre avis ? Une heure de classe télévisée, une heure de basket, de base-ball ou de course à pied, une autre heure de transcription d'histoire ou de peinture, et encore des sports, mais vous savez, on ne pose jamais de question, ou du moins la plupart d'entre nous ; ils se contentent de vous jeter les réponses à la tête, bing, bing, bing, et on reste assises quatre heures d'affilée devant des films éducatifs. Ça n'a rien de social pour moi. Ça me fait penser à des tunnels où on déverse par un bout de 1'eau qui ressort par l'autre et on vous raconte ensuite que c'est du vin. Ils vous abrutissent tellement qu'à la fin de la journée, on se sent tout juste capable de se coucher ou d'aller dans un parc d'attractions pour y bousculer les gens, briser des vitres au stand du casseur de carreaux, ou cabosser des autos au "Demolicar" avec la grosse balle d'acier, ou encore se sortir de voiture et de foncer dans les rues, en rasant les lampadaires, en jouant à écraser les poules ou à érafler les chapeaux de roue.

 (...)

     Et soudain, elle lui parut si étrange qu'il éprouva la conviction de ne pas la connaître du tout. Il se trouvait dans la maison d'une autre comme le personnage de cette histoire, rabâchée elle aussi, qui, rentrant chez lui ivre mort, se trompe de porte, pénètre dans une chambre qui n'est pas la sienne, se couche en compagnie d'un inconnu, se lève très tôt et repart à son travail sans que ni l'un ni l'autre ne s'aperçoivent de la méprise.
     _ Millie ?... dit-il à voix basse.
     _ Quoi ?
     _ Je ne voulais pas te faire peur... Je voudrais seulement savoir...
    _ Alors ?
   _ Quand nous sommes-nous rencontrés ? Et où ?
   _ Quand nous sommes-nous rencontrés, pourquoi ? demanda-t-elle.
    _ Je veux dire... la première fois.
   Il savait quelle devait froncer les sourcils dans l'obscurité. Il précisa sa question.
    _ La première fois que nous nous sommes vus, où était-ce, et quand ?
    _ Mais... c'était à...
    Elle s'arrêta.
   _ Je n'en sais rien, dit-elle.
   Il eut soudain très froid.
   _ Tu ne te souviens pas ?
  _ ll y a si longtemps.
   _ Dix ans seulement... c'est tout, dix ans !
   _ Ne t'énerve pas. Laisse-moi réfléchir.
    Elle eut un petit rire sec et pointu.
   _C'est drôle, hein, vraiment drôle de ne pas se souvenir ni où ni quand on a rencontré son mari ou sa femme.
     Il se massait les paupières, le front, la nuque, d'un geste lent. Les mains sur les yeux, il accentua peu à peu la pression de ses doigts comme pour remettre ses souvenirs en place.
    Il lui fut soudain plus important que tout dans l'existence de savoir où il avait rencontré Mildred.
     _ C'est sans aucune importance.
    Elle s'était levée et avait gagné la salle de bains. Il entendit l'eau couler et le bruit de déglutition dans sa gorge.
   _Non, c'est probable, dit-il.


lundi 31 octobre 2016

un gîte à l'heure du petit déjeuner

- Non pas de lait, j'évite les graisses animales, ou alors... ? Vous auriez du lait de soja ?
- Et des crêpes, vous en prendrez ?
- Volontiers. Vous auriez du Nutella ?

samedi 29 octobre 2016

c'était comme ça

Début des années soixante, à peine l'âge de raison, le catéchisme.
Un ensemble de questions.
Des réponses à savoir par cœur. Ainsi
- Allons-nous tous mourir un jour ?
- Oui, nous allons tous mourir un jour.
Elle avait sangloté, hoqueté.
Elle ne se consolait pas.

dimanche 16 octobre 2016

"Jamais on ne saurait mais toujours on serait là"


Histoire d'un fonctionnaire


      - On veut que je sois fonctionnaire, dit Florent. Mais j'ai peur que ma vie soit en morceaux. Pas toi ?
     - En morceaux si tu veux, dit Georges. Mais tu peux faire des morceaux avec des morceaux.
     - Ça n'aboutit à rien.
     - A rien. C'est pourquoi ça ne finit jamais, jamais.
     Un jour, Georges voulut se baigner.
     La dérive sous les buissons, le long des arbres morts jusqu'à s'étendre sur le gravier. Fouiller le gravier où il y a de minuscules coquilles multicolores.
     Jamais on ne saurait mais toujours on serait là. Où donc serait-on ? Peu importait le lieu. L'essentiel c'était le toujours. Tout se perdait, on se perdait tellement que cela en revenait à un infini où l'on irait à droite et à gauche sans rien vouloir.