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mercredi 1 mars 2017

(...) "un chagrin vespéral sans cause, jusqu'à ce qu'ils parviennent, à petits sauts répétés, sur le tambour à broder de maman tendu de satin"


Arioste L'Attentif de Yannis Ritsos
traduit du grec par Gérard Pierrat

Substitution

Maman avait un panier en osier rempli de bobines, de dés à coudre, d”aiguilles, de boutons, d'anneaux, d'agrafes. C'était un vrai petit jardin où erraient les songes de maman. Un fil bleu ouvrait une porte sur le ciel. Sur un fil vert marchaient des funambules, des feuilles, de petits perroquets, des paons, un oiseau avec une ombrelle rouge, un chagrin vespéral sans cause, jusqu'à ce qu'ils parviennent, à petits sauts répétés, sur le tambour à broder de maman tendu de satin. Moi, j'ôtais chaque jour une parcelle des arbres, de la lumière, de l'air, et je l'ajoutais à la broderie de maman. jusqu'à ce qu'il se produise, peu à peu, un échange secret entre notre maison et la campagne. Nos meubles cédaient leur place à des oiseaux, des sources, des buissons. Ainsi, la campagne se vidait progressivement de sa verdure pour se remplir de canapés, d'armoires, de miroirs et de rideaux. Papa, semble-t-il, ne se rendait pas compte de cette transformation car il continuait à secouer la cendre de sa cigarette au-dessus d'un lys - c’est-à-dire à l'endroit précis où se trouvait jadis le cendrier. Maman et moi, nous nous regardions à la dérobée et nous hochions la tête en souriant. C'est à cette époque que je me suis mis au tabac pour dissimuler mes yeux derrière la fumée. Plus tard, je vis un enfant qui tenait un panier identique et vendait des cerises. ]e l'ai aussitôt aimé. "Le panier de maman!" lui dis-je. L'enfant me regarde. Il tire deux cerises pour me les offrir. Maman n'est plus là pour que nous hochions la tête à l'unisson en souriant. "Merci", lui dis-je. ]e lui donne deux sous. "Mais je t'en fais cadeau, proteste-t-il, je ne veux pas d°argent!" Il a jeté les deux sous à mes pieds. ]e les ai ramassés. Je tiens les cerises dans ma main gauche. ]e me propose de planter leurs noyaux dans deux dés à coudre du panier de maman. C'est sûr qu'il y poussera deux cerisiers à l'endroit où ses mains brodaient. Ils auront cette expression clémente qui était bien à elle. "Merci", lui dis-je à nouveau. Car je l'aimais beaucoup et ne pouvais me fâcher.

dimanche 19 février 2017

conversation autour des tombes

chape d'un silence, s'habituer, impossible, chacune tendue vers les siens, geste de nos mères, gestes de toujours, arroser, redresser un pot, nettoyer les plaques, arracher une mauvaise herbe, s'affairer, bavarder aussi -Ta maman, je la revois encore, élégante et discrète, oui jusque dans son départ, vous l'aviez trouvée parmi les roses, son sécateur encore à la main, une belle mort on avait dit, elle se redresse, maintenant la maison est fermée, on ouvre un peu, mon frère passe un coup de tondeuse mais dans le jardin tu me croiras si tu veux, eh ! bien le rosier, elle suspend sa phrase, ménage un suspense, eh! bien, le rosier, il résiste

samedi 11 février 2017

dès potron-minet

elle est là, toujours déjà là, escaliers, couloirs, on est gris, moroses, le regard morne, parfois anxieux, ce sera comment aujourd'hui, on baisse les yeux, regarde nos pieds, contourne son seau, son balai, elle sourit, salue, reprend sa tâche, on le re-croise plus tard, d'autres escaliers, d'autres couloirs, oui, le béton peut briller, utile, on sait pas, juste c'est mieux comme ça, dérisoire et beau, le prix d'une obstination, il brille

jeudi 9 février 2017

parole de mère (2)

avec les enfants c'est comme un tunnel, quand on voit de la lumière, c'est qu'un train arrive de l'autre côté

dimanche 15 janvier 2017

ronde (20) : aube(s)

La ronde est un échange périodique de blog à blog sous forme de boucle, mis en ligne le 15 du mois. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième et ainsi de suite. .. elle tourne dans ce sens cette fois

chez Guy
chez Jacques
chez Elise
chez Noël
chez Hélène
chez Franck
etc.

Sur le thème Aube(s),  j'ai le plaisir aujourd'hui d'accueillir Jacques, Un promeneur
tandis que je me décale vers Noël Bernard



A la parole abandonnée la veille et qu’on reprend
Dans l’atelier où vont les mots usés que l’on répare
A la bouche de vérité où va la main
Au jour descendant qui nous rapproche de demain
A ce qui reste de printemps en nous toujours
Aux joues que l’on effleure
Aux lèvres jeunes

Au chant pour son passage par la gorge
Aux larmes
A ce qui traverse le cœur comme une balle

A l’âme lasse de fatigue
A l’inconnue qu’on devine compatissante
A l’asphalte qui boit si bien le sang
A l’improviste, cette auberge où on descend

Aux portes ni ouvertes ni fermées
A la partie perdue
Au temps qu’on a gagné sur la douleur

Au moment même
A l’aube dans l’été
Et même à l’hiver

dimanche 8 janvier 2017

ravie de la crèche

faire un pas, s'arrêter, regarder, une forme, un caillou, une lézarde, un nuage, une ombre, un rien dans la lumière, et c'était là, beauté, sa voix âpre, soudain rugueuse, "iduridun atzo sortua", "le "zu-vous" troqué pour "dun-tu", violence du tutoiement dans la langue maternelle,  le "xu-chou", vous adouci des moments tendresse reculait vertigineusement,  "On croirait que tu es née hier", se reprendre, une contenance