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mercredi 30 juillet 2014

la maison de retraite prospère,


 
 l'école a fermé et le village se meurt,
tableau d'affichage, 
des punaises se souviennent

samedi 26 juillet 2014

années 50 "la question de l'émigration des bergers"

JEAN-LE-BASQUE-par-Joseph-PEYRE-Editions-du-Mondarrain-1996 

Jean le Basque Joseph Peyré (1953)

 Les hommes encore mouillés regardaient la photographie du récent convoi de bergers expédié par Oyamburu. Groupés autour de l'immanquable joueur d'accordéon destiné à montrer que tout se passait dans la joie, (...) les émigrants en imperméables neufs et bérets, petites valises à la main, fixaient comme il se doit l'objectif de l'opérateur.
— On dirait la chorale de Lizoain, fit une voix.                                         
Une chorale, c'était exactement l'image que suggéraient ces groupes en partance. Et, de fait, ils faisaient le voyage en chantant. Autant de pris, disait Oyamburu lui-même, lorsqu'une bonne affaire l'avait mis d'excellente humeur. Mais quelqu'un observa :
—Comment ? Ils ont encore leurs bérets de paysans ? Je croyais qu'il leur achetait des chapeaux de messieurs ? Oyamburu ?
— Des chapeaux ? Des feutres de cow-boys, oui ! intervint alors Irazoqui, s'emparant de la photographie.
La question était cependant claire, à son sens, et il l'avait dit mille fois : les garçons qui se laissaient piéger étaient des imbéciles, et ils paieraient cher, de toute façon, au départ et à l'arrivée. Et surtout tard, beaucoup plus tard. Irazoqui était réputé pour ne rien faire de ses mains. Hâbleur, grand joueur de mus et chasseur de bécasses, il avait de plus été le héros des pantagrueliques défis de naguère — truites et truites et « ragoûts-rôtis » — où s'affrontaient les gros mangeurs de la vallée. Un, jour, dans un double resté fameux, ayant droit au choix de son partenaire, il avait amené à table un énorme chien affamé, lequel avait tenu sa place, et mené- rondement son jeu. Mais la question de l'émigration des bergers était venue troubler les loisirs que lui consentait la bécasse.
—Des cow-boys, voilà ce qu'ils en font, de nos fils, Oyamburu et les autres. Des cow-boys ou des morts, reprit-il, assenant un coup de sa grosse patte sur la table. —De bons morts qui ne parlent pas. Donne cette photo. Ils y font une tête, ces imbéciles ! Comme leurs agneaux quand ils descendent à l'abattoir. Et l'autre, avec son accordéon, qu'est-ce qu'il se figure ? Qu'il va là-bas pour y faire danser des fandangos, peut-être ?
Pour bien regarder la photographie, Irazoqui avait chaussé ses lunettes de fer. 
(...)
Ramiro Arrue Les trois couronnes, galerie Bouscayrol

 Cependant ayant extrait de son portefeuille la coupure [de Herria], Irazoqui lisait sa lettre écrite en réponse à un plaidoyer pour l'émigration des bergers récernnent publié par le même journal, et la commentait à voix forte :                       
—De vrais négriers, ces agents, je vous dis ! Des trafiquants de chair humaine, Oyamburu comme les autres ! Quinze cents garçons basques partis, depuis la Libéation seulement, vous vous rendez compte ? Cent cinquante pour notre seule vallée. Et combien en reviendra-t-il? Demandez à Jean-Baptiste, lui qui a été assez malin pour s'échapper.
Bien fourré dans sa canadienne, Jean-Baptiste approuvait toujours de la tête.
Irazoqui relança sûr de son effet :   
—Tu ne le reverras plus, ton fils. Voilà ce que les curés devraient dire aux mères, s'ils en avaient seulement le courage. Au moins, elles sauraient ce qui les attend.
(...)

"Joueurs de mus" (1932), Ramiro Arrue y Valle (1892-1971), Musée Basque Bayonne

 —S'il y fait sa pelote, Oyamburu ? Plus que dans le commerce des agneaux, je vous assure. Et d'ailleurs, agneaux pour agneaux ! Je voudrais bien savoir ce qu'il vient de prendre à ce pauvre diable d'Espagnol d'Urtasun, qui traînait par là tout ce mois-ci, après être passé. Pour le billet d'avion seulement, vous savez combien ils touchent, les agents ? Le huit du cent. Sur tous les billets, calculez. Sans compter 1e reste, même la commission sur les chapeaux ! 
Irazoqui semblait avoir instruit.pièce à pièce le procès des agents d'émigration, et, particulièrement, d'Oyamburu, sa bête noire.           
—~ Quoi, les papiers ? s'emporta-t-il,, (...) ils sont toujours à rabâcher ça : les papiers ! On dirait que nous sommes un pays d'analphabètes. Qu'on s’adresse à moi, et j'irai les faire faire au consulat de Bordeaux, les papiers. Et sans un sou de commission. Ce n'est pas sorcier !
 Pour se mettre en travers des violences d'Irazoqui, il fallait être, un étranger à Baïgorry. Le représentant de la motofaucheuse se versa un grand verre de vin rouge, et risqua :     
—Il y a tout de même autre chose ? II faut bien contrat de travail, là-bas, pour celui qui ne va pas chez un oncle. Ce n'est plus le temps des traitants. Oyamburu travaille pour le Syndicat des Éleveurs américains, et sur garanties.
—Des garanties ! Ah! parlons-en ! explosa le Pantagruel — Elles sont jolies, les garanties ! Même à présent. Le pauvre imbécile de Basque tombe à l'hôtel, de son avion. Et, s'il ne va pas chez un parent, il est bien obligé d'accepter ce qu'on lui propose. Ce qu'on lui propose, demandez-le donc à Jean-Baptiste. Le Syndicat a eu beau s'en mêler, ça n'a pas changé, depuis le temps. Mener ses deux mille bêtes dans le désert—ils disent eux-mêmes : "le désert " ! —au milieu des tempêtes de neige, avec un froid comme tu n'en vois pas au haut du pic de Béhorléguy en -janvier, les membres qui gèlent ! Mais aucun Américain n'en veut, de ce métier ! Je m'étonne même qu'ils les sortent encore, leurs moutons, au lieu de les tenir sous cloche, à l'engrais !

mercredi 23 juillet 2014

vieillir (9) en collège

les enseignants "d'expérience" pourraient / devraient...expérience... entendre "vieux", les vieux enseignants devraient aller dans les quartiers difficiles au lieu de pantoufler dans les centres-villes... oui, en théorie, une idée séduisante,

sauf que corriger prend du temps, lecture plus lente, fatigue

 sauf que l'ouïe a trinqué, les pieds frottent le sol, une chaise grince, un cri depuis la cour, l'un chuchote, l'autre ouvre sa trousse, un troisième fait tomber  sa règle, un quatrième fait claquer les anneaux de son classeur et ainsi de suite, faire répéter, et répéter, bien sûr ils détestent, fatigue, tendre l'oreille, encore et encore,

sauf que tenir une matinée de classe vous laisse sur les genoux, bien loin l'époque où vous appréciiez les emplois du temps sur quatre jours, plutôt enchaîner de petites journées pour récupérer

sauf que les étages se font pesants tandis que vous êtes pris dans les grandes et joyeuses bousculades de jeunes gens, des marées, on se ratatine et s'accroche à la rampe, on commence à regarder où on met les pieds, col du fémur pas encore sans doute mais on rit jaune en y pensant,

sauf que, partageant la conviction unanime qu'être jeune c'est bien, les vieux, être aussi vieux que leurs grands-parents tout de même ! n'ont pas la parole à laquelle ils accordent du crédit

 sauf que dans les faits, pour cette accumulation de raisons petites, grandes, minuscules ou dérisoires... les vieux enseignants cherchent le confort sans forcément le trouver

lundi 21 juillet 2014

tout ça pour ça

 séances sur le pot, victoires de mères "le mien a été propre à..."  ou à mots couverts, l'aveu "oui, je voudrais le mettre à l'école mais il est pas propre, on me le prend pas" et temps d'un soupir plus tard, rompre avec le dressage de toute une vie, un de ces rites qui nous introduisaient dans la communauté des humains
La haine de la famille
Catherine Cusset

À la fin de l'été, une nuit, grand-maman a envie de faire pipi. Très envie. Elle a sonné deux fois. Elle a appelé. Elle a entendu l'infirmière de garde passer dans le couloir. Elle a sonné encore. Elle sait que les infirmières sont débordées, surtout la nuit, et qu'elles ont décidé que Mme Martinet devait être capable de tenir sans faire pipi entre huit heures du soir et sept heures du matin. Elle fait tous les efforts possibles pour parvenir à ce but. Elle ne boit plus d'eau après six heures du soir. ElIe ne mange presque pas à dîner.
Cette nuit-là, à quatre heures, elle ne peut plus tenir. Si personne ne vient dans les cinq minutes, elle sait ce qui va se passer; c'est déjà arrivé malgré elle : le pipi va couler entre ses cuisses, mouiller ses draps, son matelas. Toute la nuit elle va rester dans ces draps mouillés qui vont irriter sa peau et sentir mauvais. L'infirmière de nuit qui a trop de choses à faire n'interviendra pas avant l'aube et manifestera sa colère contre Mme Martinet comme si elle avait fait exprès d'uriner pour lui montrer que son besoin était vraiment urgent. On changera ses draps et sa chemise de nuit mais le matelas malgré l'alèse gardera l'odeur, cette terrible odeur de pipi, de saleté, d'incontinence. Tout le bas de son ventre la picote. Elle appuie désespérément  sur la poire de la sonnerie. Elle connaît la conséquence inéluctable : demain soir, infirmière qui la couchera mettra la poire hors de portée pour qu'elle ne puisse pas déranger pour rien l'infirmière de nuit. Dans le moment présent, cette certitude de la punition à venir n'a pas d'importance : il faut que la torture cesse. Simone crie, appelle, fait tout le bruit possible. En vain : il y a dans cet hôpital, et particulièrement à son étage des vieillards qui passent leur temps à hurler, à appeler à l''aide, à supplier qu'on cesse de les torturer. On s'habitue a leurs cris. Elle pleure d'impuissance.   
Avec l'énergie du désespoir, elle qui a toujours fait, dans la vie, ce qu'elle voulait,  parvient à se redresser sur ses oreillers et à s'asseoir dans son lit. Elle appuie sa main valide sur la table de nuit, presse le rebord et réussit à se tourner, à mettre ses jambes par terre. L'appui est juste à côté du lit. Pieds nus, elle se redresse sur le sol, les deux mains sur la barre métallique. La porte des toilettes semble à une immense distance. Il y a au moins une douzaine de pas à faire. Elle va y arriver. Elle va leur montrer. Elle n'a jamais échoué dans ce qu'elle a entrepris. Avec la volonté, on obtient tout. Elle parvient à faire glisser l'appui à roulettes sur le linoléum. Elle fait un pas. Maintenant, elle a quitté le lit. Un autre pas, épuisant. Elle avance vers les toilettes.
Quand l'infirmière, après s'être occupée d'une crise d'asthme et d'autres soins urgents, trouve enfin un moment pour entrer dans la chambre de Mme Martinet dont elle sait exactement ce qu'elle veut, quarante minutes plus tard, elle la trouve par terre, à un mètre du lit, inconsciente près de son appui. Grand-maman est tombée. Dans sa chute, elle s'est cassé cet os si fragile dans le corps des vieillards, le col du fémur. Elle s'est cassé le col du fémur gauche, c'est-à-dire du bon côté de son corps, de celui qui n'était pas paralysé.
Une fracture du col du fémur chez les vieilles personnes met longtemps à se réparer. L'accident va retarder de plusieurs mois le retour de grand maman chez elle. Pendant plusieurs mois, elle ne pourra plus sortir de son lit.
(...)
Faire pipi. Il n'est plus question de l'aider à marcher jusqu'aux toilettes. Dès que nous entrons dans la chambre, grand-maman soupire de soulagement. Elle nous demande d'aller chercher l'infirmière qui ne répond pas à la sonnerie, pour qu'elle lui donne le bassin. On court après l'infirmière dans les couloirs. On va chercher dans la salle de garde où elle prend trois minutes de repos. Le plus souvent, l'infirmière nous suit ou nous dit qu'elle arrive dans cinq minutes. Les infirmières se sont habituées à l'impatience de Mme Martinet. Elles savent aussi qu'elle donne pour Noël des étrennes extrêmement généreuses.Grand-maman est une des rares patientes de Sainte-Perrine à payer sa pension de son propre argent, avec une aidé modique de la Sécurité sociale. Elle est une de riches de l'hôpital. Elle a beaucoup d'amis, beaucoup d'appuis. Sa fille est chaque jour l'hôpital. Sa fille est juge. Les infirmières savent. L'une d'elles lui demandera conseil pou son divorce.   
Parmi les infirmières, il y en a une queux maman n'aime pas du tout et qu'elle car l'antipathie est réciproque, et cette sadique ne lui apporte jamais le bassin ; mais il y en a autre, plus âgée, douce, qui s'est attachée à elle et avec qui elle bavarde de femme à femme, d'être humain à être humain. Elle s'appelle Evelyne. C'est elle qui fera à grand-maman sa dernuere piqûre de morphine le jour de sa mort ; ses dernières paroles, sinon sa dernière pensée, seront pour Evelyne : "Evelyne va chercher EveIyne", murmurera-t-elle d'une voix que je ne pourrai percevoir qu'en approchant mon oreille au plus près de ses lèvres, avant de sombrer dans un coma suivant la piqûre de morphine, et de mourir cette nuit-là. C'est Évelyne qu'on cherche dans les couloirs quand grand-maman a envie de faire pipi. Elle finit toujours par nous suivre même si grand-maman a fait pipi il y a un quart d'heure.
Il est exact que l'exigence de grand-maman ne répond pas toujours à une envie réelle. Elle redoute la fin de nos visites. Elle va se retrouver seule et impuissante, abandonnée. Une visite ne peut pas s'achever sans qu'on aille chercher infirmière pour un dernier pipi de précaution. Parfois le pipi ne veut pas venir et l'infirmière se met en colère, même Évelyne, qui lui adresse son reproche d'une voix douce. Grand-maman ne sait plus quand elle a vraiment envie de faire pipi. Elle a tout le temps envie. Elle a trop peur qu'on ne lui apporte pas le bassin. Après la ~fracture du col du fémur, et ensuite, plus tard, après son deuxième infarctus, quand on la transporte dans un autre hôpital, elle ne cesse de réclamer le bassin. On a beau lui répéter qu'elle peut se laisser aller, elle a un cathéter : le tuyau relie directement sa vessie à un bassin placé sous le lit. C'est comme ces mots ne pénétraient pas jusqu'à son cerveau.
(...) Papa parle. (...) Il ne veut pas que sa femme soit vampirisée par sa mère malade. Si sa belle-mère se trouve dans l'appartement d'à côté, il craint de ne plus la voir que comme elle est trop souvent : angoissée, tendue, tourmentée par la souffrance de sa mère et sa propre culpabilité de ne pouvoir rien faire (...)
Elle retournera à Sainte Perrine où on lui a gardé sa chambre, et elle survivra encore plusieurs mois, une survie pour laquelle les médecins n'ont pas d'explication sinon la force du refus de mourir de ma grand-mère ou, comme le dit mon père, la force de son désir d'emmerder le monde et surtout ma mère.

mercredi 16 juillet 2014

cinquante ans

Elle vient de les fêter. Une fête réussie. Célébrer. Nouveau ce goût pour la célébration, on aime ça. Le temps est compté et on vient de le réaliser. J'avais choisi le thème de l'arbre et mêlé famille, amis et générations. Pour les plus âgés c'était la table "chêne", ça leur plaisait pas, Alors "pourquoi pas sapin ?", j'ai dit. Ils ont ri.

mardi 8 juillet 2014

Rencontres d'art 1999 Petites mémoires pour demain Musée Ingres -Montauban puis Musée des Beaux - Arts de Pau




on croit regarder, on traverse une expo, devoir culturel, on s'ennuie un peu, quelqu'un vous offre le catalogue, vous l'oubliez, des années et il retombe  sous vos yeux, vous voilà enfin saisie par la beauté fragile "des poupées de précarité" en miroir au travail de Marc Bourlier.


Consolant aussi de penser que rien ne se perd tout à fait.


extrait de la présentation de Paul Duchein

"Sans aucun doute, notre société, qui est celle des images, s'enrichit-elle par les apports culturels dispensés avec plus ou moins de bonheur et notre perception des choses s'en trouve alors sournoisement modifiée. Ainsi, ce polissoir de bottier, trouvé il y a quelques mois au Marché aux Puces de Montauban, aurait-il été regardé autant d'égards et considéré avec un tel respect si Brancusi ne nous avait pas offert la forme parfaite de son "Oiseau dans l'espace" ? L'un est un chef d’œuvre, il trône dans les plus grands musées du monde, l'autre n'aurait mérité, il v a peu, que le mépris que l'on accorde à un outil désaffecté... mais Brancusi est passé par là, il a conditionné notre regard pour détecter une nouvelle ordonnance des volumes débarrassés de leur aspect fonctionnel, le souvenir de la sculpture sculpture s'est calqué sur une autre image, clandestinement."

vendredi 4 juillet 2014

mardi 1 juillet 2014

le crayon du laitier


vente des agneaux de Noël, il commence sa tournée